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AVIOTH 23-25/04/2009


Jeudi 23 avril 2009

C'est avec un rhume et un torticolis que je prends le départ... Afin de ménager mes efforts pour ce premier pèlerinage de la saison, je décide sagement d'écourter quelque peu mon parcours, en me rendant en autobus jusque Bastogne. Après avoir traversé le zoning industriel de la ville, tout en récitant mon premier chapelet, je quitte celle-ci par l'endroit précis où, lors de la Bataille des Ardennes, le premier char américain brisa son encerclement: tout un symbole de liberté... Lors de ma première halte à Clochimont, deux psaumes inspirent particulièrement ma méditation: « Je marche devant le Seigneur, à la lumière des vivants » (Psaume 56 (55), 14) et « Ô Dieu, élève-toi sur les cieux, que ta gloire s'étende sur toute la terre » (Psaume 57 (56), 6). La marche, la lumière pascale, la nature, la gloire de Dieu: voici donc quelques bons ingrédients pour m'accompagner durant ce pèlerinage. Entre Grandru et Burnon, je parcours de beaux, larges et calmes espaces, constitués de vastes prairies verdoyantes, ce qui me procure un sentiment de grande liberté, accentué par le dépouillement matériel constitutif de ma démarche. Peu après, je franchis la haute Sûre, qui présente de jolis méandres. A Menufontaine, un milan royal tournoie, longuement et à basse altitude, au-dessus de ma tête, semblant vouloir, de la sorte, m'accompagner pour un bout de chemin.

En début de soirée, sur la plaine de jeux de Fauvillers, une dizaine d'enfants m'interpellent, me demandant si je reviens de la plage. Surpris par cette question, il me faut alors quelques secondes avant de faire le rapprochement avec mes coquilles Saint-Jacques. Je tente alors de leur expliquer qu'il s'agit de l'attribut du pèlerin, mais manifestement, ils ne comprennent pas mes propos et se remettent à leurs jeux. A la prochaine occasion, il me faudra donc veiller à adopter un langage plus simple et un discours plus compréhensible, afin de ne plus rater une aussi bonne opportunité de témoigner de ma foi. Je devrai également garder à l'esprit que ce symbole que je porte n'est pas toujours compris et connu, et qu'il est souvent davantage remarqué que son principal homologue, pourtant bien visible: la croix de bois avec le Christ en bronze, qui pend à mon cou. Cette anecdote me conduit une fois encore à me poser la question fondamentale des moyens d'évangélisation dans le monde d'aujourd'hui: quel langage et quels signes faut-il utiliser, qui soient tout à la fois intelligibles et porteurs du message de la bonne nouvelle de Jésus ressuscité? C'est dans le même village, à cent mètres de là, que je trouve sur mon chemin la première église ouverte. Je m'y attarde assez longuement. Tout y évoque le temps pascal: la blancheur des murs, la luminosité de l'intérieur, un grand Christ en bois drapé de blanc. L'édifice s'avère être aussi particulièrement résonnant: en témoignent un bourdon (non pas la cloche, mais l'insecte) qui tente vainement de s'échapper, ainsi que mes éternuements qui semblent faire vibrer les murs de ce saint lieu!

Il subsiste encore dans nos forêts de nombreuses petites chapelles où, par le passé, les voyageurs s'arrêtaient un instant pour se placer sous la protection des saints durant leur périple. C'est dans le narthex de l'une d'entre elles, la chapelle Pierrard, située dans la forêt d'Anlier et dédiée à Saint Joseph, et donc en me plaçant sous la protection de ce dernier, que je passerai la nuit, au milieu de la faune nocturne toute proche: tantôt une chouette hulotte qui chante avec persistance, tantôt un renard qui passe furtivement, tantôt quelques chevreuils qui aboient bruyamment.


Vendredi 24 avril 2009

Dès l'aube, je poursuis ma traversée de la forêt d'Anlier, durant plus de trois heures, tout à mon aise, afin de bénéficier pleinement de la beauté de cet endroit, coloré du vert tendre des jeunes feuilles de hêtres, couronné d'un ravissant ciel bleu, égayé par de multiples chants d'oiseaux. C'est pourtant avec un grosse fatigue que je pique-nique à Habay-la-Vieille, au bord de la Rulles: mon état grippal semble s'aggraver et le fort vent d'Est me paraît, de ce fait, spécialement frigorifiant. L'enthousiasme du matin s'estompe, lui aussi. Afin de remédier à cette situation, je décide de m'étendre trois-quarts d'heure dans une prairie, entre Nantimont et Mortinsart, et je m'y endors profondément. Aussitôt après, je retrouve mon entrain et me remets allègrement en route, me remémorant les paroles du chant « Peuple de l'Alliance »: « Marche à la suite de Jésus et va crier son nom sur les chemins du monde ». Sans doute n'y a-t-il pas de meilleure définition du pèlerinage... Avant Villers-sur-Semois, charmant petit village possédant encore son vieux lavoir, je m'arrête quelque peu à la chapelle Notre-Dame de la Salette, dont la grâce est accentuée par son écrin de verdure. A la sortie de Tintigny, quelqu'un me demande s'il ne me manque rien pour la route et, s'enquérant de ma destination, m'assure de l'accompagnement de ses pensées. Voilà un geste d'attention toute simple qui mérite d'être relevé. C'est sous des regards moins bienveillants que je suis amené à chercher un lieu de bivouac, au-delà de Saint-Vincent. En effet, deux véhicules de type « Jeep » vont et viennent, s'arrêtent, m'épient, m'obligeant à jouer à cache-cache durant une petite heure, à faire des détours, à me dissimuler dans le bois... Évidemment, mon sac à dos, surmonté du matelas enroulé sur lui-même, ne laisse planer aucun doute quant à mes intentions, surtout à pareille heure... Ce n'est donc qu'une fois l'obscurité totalement installée, et après avoir déjoué les stratagèmes de ces personnes mal intentionnées, et non sans une certaine appréhension, que je rejoins enfin la prairie que j'avais préalablement repérée pour y passer la nuit. Grâce à la protection de Saint Joseph et des Saints Anges gardiens, tout se déroule cependant sans encombres, et la qualité de mon sommeil s'avère très satisfaisante. La voûte céleste s'étend majestueusement sous mon regard et, au fil des heures, je vois la Grande Ourse progresser, lentement mais régulièrement, vers son refuge diurne. En fin de nuit, je reçois la visite, aussi inoffensive qu'inopinée, de quelques sangliers.


Samedi 25 avril 2009 – Fête de Saint Marc, évangéliste

C'est à nouveau dès l'aurore que je reprends ma route à travers bois. A quatre kilomètres de ma destination, j'aperçois déjà au loin, comme ancrée au sein des reliefs verdoyants, la grande basilique gothique. Malgré la distance qui m'en sépare encore, j'entends retentir ses cloches, sonnant la demi-heure, alors même que plusieurs alouettes égrènent à proximité leurs notes légères et mélodieuses. A Breux, je demande à mon Saint Patron, que l'on fête aujourd'hui, de m'obtenir l'audace de l'annonce de l'Évangile, et surtout les mots adéquats pour le proclamer. En fin de matinée, je parviens à Avioth, en même temps qu'une horde constituée d'une bonne vingtaine de luxueuses voitures de sport immatriculées au Luxembourg. Il existe assurément un certain contraste entre le pèlerin pédestre harnaché de son baluchon et ces « pèlerins » exhibant leurs écoeurantes richesses d'une manière bien peu écologique... Fort heureusement, ils ne s'attardent guère, mais je dois bien encore patienter jusqu'à midi pour bénéficier d'un peu de silence à l'intérieur de la basilique: de nombreux visiteurs, davantage touristes que pèlerins, y défilent en effet, tout en parlant à haute voix. Lorsque sonne l'Angélus et que les cloches font ensuite retentir l'Ave Maria au-dehors du monument, dont les pierres se souviennent, depuis sept siècles, des générations de pèlerins qui s'y sont présentés, j'entame la lecture de la première épître de Saint Pierre. « Par sa résurrection, le Christ vous a régénérés pour une vivante espérance » (I Pierre 1, 3). « Soyez toujours prêts à témoigner envers quiconque vous demande de rendre compte de l'espérance qui est en vous » (I Pierre 3, 15). C'est donc du sceau de l'espérance pascale qu'est marqué ce pèlerinage auprès de Notre-Dame d'Avioth. Vu que la pluie commence à tomber, je m'abrite sous la Recevresse pour me restaurer quelque peu. Un groupe d'une dizaine de Liégeois fait de même. Très vite, la conversation s'engage sur ma démarche, sur mon projet de me rendre à Saint-Jacques de Compostelle, sur les détails pratiques de mon équipement, tout cela dans un climat simple et spontané, habité par la sympathie réciproque. Après un dernier moment de recueillement au-dedans de la basilique, je dois déjà quitter les lieux pour me rendre à Virton, où je devrai reprendre le train au soir, pour rentrer chez moi. Après avoir parcouru quelques centaines de mètres, je me retourne pour regarder encore une dernière fois le superbe édifice médiéval, dont les deux grandes tours émergent de l'horizon. M'éloignant ainsi de ce lieu béni qui préfigure déjà notre Patrie céleste, je poursuis encore ma longue marche sur les chemins de la vie, animé par l'espérance constante, paisible et confiante, d'avancer pas à pas, à travers les déserts de ce monde, vers la Jérusalem nouvelle, vers ce Royaume de l'Amour, où la gloire du Christ ressuscité s'étendra sur tout l'Univers.


Pour en savoir davantage sur Notre-Dame d'Avioth, son histoire, son sanctuaire, ses pèlerinages, rendez-vous sur le site officiel:


http://www.avioth.fr/




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