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ECHTERNACH 28-31/05/2009


Jeudi 28 mai 2009

Ce n'est que peu avant midi que je prends le départ, sous le regard complice des milans royaux. Ma première halte me voit abrité des quelques bruines résiduelles, sous le narthex de la chapelle Saint-Martin. A Gouvy, je passe à proximité de la chapelle dans laquelle se réunit chaque mardi le groupe de prière dont je fais partie, l'occasion de prier pour chacun de ses membres. Le chant des alouettes, à proximité du monument des quatre frères Léonard (résistants mortellement torturés par l'occupant en janvier 1945), annonce l'amélioration progressive et annoncée des conditions météorologiques: les premiers rayons de soleil apparaissent dès le franchissement de la frontière grand-ducale. Comme j'avais déjà pu le constater auparavant, au Luxembourg, la plupart des églises restent ouvertes en journée, et même parfois en soirée: aubaine pour le pèlerin qui ne manque pas de s'y arrêter à chaque fois, brièvement à Hautbellain et Basbellain, plus longuement à Troisvierges. C'est au-delà de cette dernière localité, en direction de Sassel, village à la jolie petite église toute blanche, que les paysages s'agrémentent sensiblement: la vallée verdoyante de la Woltz, caressée par une lumière vespérale apaisante, réjouit mon regard. Après que lièvres et chevreuils m'aient souhaité le bonsoir, je m'installe, pour une nuit bien agréable, en plein bois, juste à côté du mémorial des soldats britanniques et des restes de la carlingue de leur avion, abattu en mai 1945.


Vendredi 29 mai 2009

Dès six heures, je me mets en route en direction de Clervaux. Le clocher de l'abbaye bénédictine Saint-Maurice et Saint-Maur m'apparaît juste au moment où les bourdons de bronze sonnent Laudes. Mais il me reste encore quelques kilomètres à parcourir pour la rejoindre, pour y participer à l'Eucharistie et à Tierce. C'est à une messe digne d'un dimanche solennel que j'ai eu droit, alliant harmonieusement des chants grégoriens à la liturgie francophone. La communauté compte une vingtaine de moines, dont une bonne proportion de jeunes. C'est avec un certain frisson dans le dos que j'écoute l'évangile du jour, où Jésus, après avoir invité Pierre à lui redire trois fois son amour, lui annonce par quel genre de mort il rendrait témoignage: « Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera là où tu ne voudrais pas. » (Jean XXI, 18). Chose redoutable, mais témoignage suprême, que le martyre! Nul ne peut dire aujourd'hui si le Seigneur ne l'y appellera demain, avec sa grâce et sa force. Pour la première fois de ma vie, peut-être, j'ai pris conscience, au point d'en frémir, que telle pourrait être aussi ma propre vocation, à laquelle je ne pourrais sans doute répondre que moyennant un long chemin d'apprentissage, consistant à suivre le Christ crucifié et à l'aimer vraiment, car « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie » (Jean XV, 13).

Après m'être remis en route, j'aperçois encore, de l'autre côté de la vallée, à plus de cinq kilomètres, le clocher et les toits de tuiles ocres de l'abbatiale, dans leur décor de verdure. Après m'être arrêté un instant dans la curieuse église de Munshausen, alliant les styles gothique et baroque, je croise un groupe de jeunes handicapés, en balade dans ces paysages très variés que je traverserai tout au long de cette journée: alternance de vallées riantes, tantôt larges, tantôt encaissées, de collines boisées, de champs multicolores, de grands horizons. Ce n'est qu'à l'étang de Hosingen que je trouverai un endroit adéquat pour le pique-nique, sous un ciel serein, mais avec un fond d'air toujours frais. Par après, je descends la vallée de l'Our, sur Eisenbach, pour la remonter ensuite vers Wahlhausen, où je m'arrêterai plus longuement dans l'église. Les routes sont calmes et, de façon générale, je ne rencontre que très peu de gens. Le Luxembourgeois m'apparaît généralement comme assez réservé et discret, et homme d'intérieur: sur les trois jours que j'aurai traversé le pays, je n'aurai eu aucun réel contact verbal avec un autochtone. En fin de journée, peu avant de rejoindre le bassin supérieur de Vianden, trois renards bien familiers se promènent tranquillement dans un champ. Le panorama sur la vallée de l'Our s'avère vraiment exceptionnel et la dénivellation impressionnante. Une première tentative de halte vespérale dans un endroit infesté de tiques m'oblige à m'enfuir aussitôt, après avoir dû me débarrasser d'une petite dizaine de ces acariens, qui n'ont pas manqué de se jeter sur moi en un seul instant! Or, la nuit tombant déjà, et n'ayant pas trouvé la petite chapelle de Bildchen auprès de laquelle j'espérais trouver mon refuge, je poursuivis ma route, jusqu'au moment où, brusquement, je vis comme surgir de nulle part, éclairé d'une lumière orangée sur fond obscur, et majestueusement perché sur son promontoire, le féérique château de Vianden. Après une visite nocturne des ruelles anciennes de la ville, je trouve enfin, mais bien tardivement, un endroit approprié pour me coucher: il m'aura fallu, pour ce faire, remonter, par des sentiers escarpés, jusque peu avant Walsdorf.


Samedi 30 mai 2009

La nuit fut donc très courte, d'autant plus que, et je ne m'en plaindrai pas, les alouettes se mirent à chanter dès quatre heures, alors que le ciel était encore tout étoilé! Puis, c'était au tour des lapins de garenne de s'égayer, dans la prairie à l'hôte insolite. De bonne heure, je traverse à nouveau la ville de Vianden, encore endormie. Puis, faute de trouver un point d'eau accessible, c'est au moyen de mes dernières réserves d'eau potable que je dois effectuer ma sommaire toilette matinale... A un château en succède un autre, d'un autre style, certes, mais tout aussi merveilleux: celui de Beaufort, localité que j'atteignis après avoir vu la Sûre pour la première fois à Reisdorf, et au sein de laquelle je pus enfin me ravitailler, après une longue remontée. Un peu fatigué, je m'allonge un moment pour une briève sieste, au sortir de Beaufort. J'arrive sur la Sûre à Dillingen, après une descente en zone boisée, et la traverse pour la longer sur son versant allemand, où, dès Bollendorf, j'emprunte un très agréable chemin de halage. C'est là que j'observerai un machaon aux vifs tons jaunes. Malgré la proximité du Luxembourg, l'on retrouve des tempéraments humains bien différents et beaucoup plus expressifs. Sur quelques kilomètres, pas moins de cinq personnes m'interpellent sur mes attributs de pèlerin. Malheureusement, ma méconnaissance de la langue de Goethe rend la communication difficile, mais, à force de gestes et de regards, l'on parvient vaille que vaille à se comprendre. Les derniers kilomètres, le long de la Sûre, demeurent très agréables, et j'entends enfin les grosses cloches de la basilique d'Echternach sonner la vigile de la Pentecôte. Mon agrément est cependant quelque peu contrarié par un dérangement intestinal, autant inopiné que subit. Par chance, je trouve des toilettes publiques propres et gratuites en pleine ville! Enfin soulagé, je rends ma première visite à Saint Willibrord, dont le sarcophage de pierre est exposé dans la crypte de la basilique. Après avoir flâné quelque peu dans la vieille ville, j'entreprends l'ascension de la colline sur laquelle est érigée la chapelle dédiée à Saint Liborius, surplombant Echternacherbrück, sur le versant allemand de la vallée. De là m'attend une vue magnifique sur Echternach, située plus de deux cents mètres en contrebas. C'est sur l'un des promontoires rocheux de cette colline que je m'étends, pour passer une nuit animée par le hululement des chouettes.


Dimanche 31 mai 2009 – Solennité de la Pentecôte

Au petit matin, les rues d'Echternach sont encore désertes, à l'exception des multiples corps de nettoyage public qui s'activent déjà fébrilement. Après un arrêt prolongé à la crypte, je participe à la grand-messe solennelle de la Pentecôte, présidée par l'Archevêque de Luxembourg. Plusieurs dizaines de jeunes y sont confirmés, et l'église est comble. L'assemblée m'apparaît cependant assez peu participante et, n'ayant pas reçu le don des langues pour comprendre le luxembourgeois, j'avoue avoir été quelque peu assoupi par moments... Après un pique-nique aux Gorges du Loup, je rejoins une ultime fois le sanctuaire du grand saint patron de la ville, qui fut tout à la fois moine, évangélisateur et pèlerin, au septième siècle de notre ère.

En ce jour de Pentecôte, la liturgie nous appelle éminemment à la mission, sous la conduite de l'Esprit Saint. Envoyés par le Christ (Jean XX, 21), les apôtres sont amenés à proclamer, au monde entier, les merveilles de Dieu, que chacun peut comprendre dans sa propre langue (Actes II, 11). Si les formes que peut prendre ce témoignage sont multiples, si bien que chacun ait à découvrir celles auxquelles il est appelé et qui lui sont adaptées, la nature de cette mission n'en demeure pas pour autant moins unique et universelle: rendre compte, pour permettre à chacun d'en faire à son tour l'expérience, de notre rencontre décisive avec le Dieu trinitaire vivant et vrai, de notre relation au Père Créateur dont l'Amour est infini, au Christ ressuscité, seul Sauveur, triomphant de tout mal, au Saint-Esprit aux multiples dons, qui nous pousse en avant vers la vie, la paix, la joie parfaite et la communion ecclésiale, tout en nous procurant force et consolation pour traverser les épreuves de la vie quotidienne. Que la grâce baptismale puisse, en ces temps qui sont les nôtres, nous animer tous d'un désir missionnaire toujours croissant, afin que la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, du Règne de l'Amour, atteigne, au plus profond, le coeur de chacun, dans un bouleversement salutaire de tout l'être, selon le grand dessein du Dieu éternel!



Pour en savoir davantage sur Echternach, son histoire, son sanctuaire, sa procession et ses pèlerinages à Saint Willibrord, rendez-vous sur le site officiel:


http://www.willibrord.lu/




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