FOY NOTRE-DAME 23-26/04/2010
Par le chemin des abbayes, des églises ouvertes et des édifices religieux de style roman...
Vendredi 23 avril 2010
Laissant derrière moi une actualité politique et religieuse des plus préoccupantes, je prends la route avec un peu de retard, sous un beau soleil printanier. Peu avant La Comté, je longe une prairie où paissent quelques moutons. Détail certes anodin, mais qui place d'emblée ce pèlerinage sous l'égide du Bon Pasteur: « Je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante. Je suis le bon pasteur; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. (...) Je suis le bon pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. » (Jean 10, 10-11 et 14). Au belvédère de Lierneux, je médite les textes liturgiques du jour. Dans les Actes des Apôtres (au chapitre neuvième), nous voyons Paul passer subitement, sous l'action de la Grâce divine, du statut de persécuteur à celui d'apôtre, témoin du Christ ressuscité et porteur de la Bonne Nouvelle. Toujours à Lierneux, en passant devant l'hôpital psychiatrique, mes prières s'orientent spontanément à l'intention des personnes qui séjournent dans cette institution, conscient des grandes souffrances qu'elles traversent généralement. Les vallées de l'Amante, d'abord, de l'Aisne, ensuite, me donnent de savourer de très jolis paysages, où la verdure renaissante évoque, peut-être mieux que nul être humain ne le pourrait, la joie et l'espérance pascales. Tout en marchant, je ne puis m'empêcher de penser à ce pèlerinage d'un jour à Foy Notre-Dame, effectué il y a plus de trente ans déjà, avec Dominique et Oncle Michel, et dont certains épisodes bien précis, et parfois assez ludiques, me reviennent à l'esprit. Aujourd'hui, c'est du Ciel, intensément bleu et serein, que mes deux anciens guides spirituels m'accompagnent... Quant au paquet de saucisson destiné à mon souper, et à défaut d'outillage approprié, c'est à coups de dents de peigne que je suis, non sans peine, parvenu finalement à l'ouvrir! En montant vers Wéris par les bois, et à la faveur du crépuscule, j'ai pu observer longuement cinq grandes biches élégantes. Voici donc un endroit idéal pour passer la nuit, derrière les branchages denses d'un arbre coupé, afin de me prémunir de la visite éventuelle de quelque sanglier trop entreprenant.
Samedi 24 avril 2010
Comme l'on prévoyait une nuit froide avec encore quelques gelées, j'ai tellement additionné les couches pour m'en protéger que c'est d'un excès de chaleur que j'ai souffert! Ce sommeil perturbé m'a ainsi donné tout le loisir de prendre conscience du mouvement de rotation terrestre, la lune progressant d'heure en heure au-dessus de ma tête, et le soleil se levant du côté diamétralement opposé à celui de son coucher, tandis que le chant du coucou m'invitait enfin à me mettre debout pour reprendre la route. Traversant le village de Wéris, j'admire la première église romane de mon parcours. De larges horizons s'ouvrent ensuite durant ma descente dans la vallée de l'Ourthe, alors que je restitue, pour un moment, à la fontaine-lavoir de Ny, sa fonction originelle, en y accomplissant mes ablutions rituelles et matinales. J'arrive à Hotton en plein marché. La foule se presse vers les meilleures affaires. Les portes de l'église sont grandes ouvertes, l'ambiance intérieure de l'édifice est accueillante et lumineuse, et, pourtant, la solitude du Seigneur présent en sa demeure contraste douloureusement avec la foule trépidante s'agitant à l'extérieur. Le Bon Pasteur est là, attendant ses brebis dispersées, désirant tant leur prodiguer son Amour inconditionnel; mais ces dernières semblent ignorer leur berger dans une indifférence totale. « J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos; celles-là aussi, il faut que je les mène; elles écouteront ma voix; et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur. » (Jean 10, 16). En attendant ce Jour, il ne demeure qu'un petit reste de disciples, qui continuent de veiller, à l'instar de cette dame que je vois entrer dans l'église au moment même où je m'en vais, prenant le relais, comme par un clin d'oeil d'espérance résonnant en écho à l'évangile du jour que je venais de méditer: « Jésus dit alors aux Douze: "Voulez-vous partir, vous aussi?" Simon-Pierre lui répondit: "Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle!" » (Jean 6, 67-68). C'est dans l'église romane de Waha que je m'abrite quelques temps d'une chaleur et d'un soleil auxquels je n'ai pas encore eu la possibilité de m'accoutumer en ce début de printemps. La nef est ornée de vitraux, réalisés par Folon, et relatant la vie et le martyre de Saint Étienne, lui conférant une teinte à dominante bleue, mais évoluant par endroits vers l'ocre. L'art contemporain s'intègre ici harmonieusement au style ancien. Parcourant ensuite de grandes étendues champêtres sous un soleil accablant, un agriculteur me propose de me prendre sur son tracteur. Estimant qu'un vrai pèlerin se doit d'effectuer l'entièreté de son parcours, je décline poliment son invitation, ce dernier m'assurant alors que j'irais tout droit au paradis. Devant l'observatoire d'Humain, j'échange quelques mots avec deux astronomes qui se préparaient pour une nuit étoilée. De la grandeur infinie de l'Univers à celle de son Créateur, n'y a-t-il pas qu'un simple mais décisif seuil à franchir? Après m'être ravitaillé à Rochefort, j'arrive juste à temps pour complies à l'abbaye des pères trappistes. Ma dernière visite à ce monastère remonte à une douzaine d'années, mais tout, hormis l'âge croissant des religieux, y est demeuré immuable, comme pour témoigner du caractère permanent de la Nouvelle Alliance. Il en est de même de ce séculaire Salve Regina, dont la mélodie apaisante s'élève dans les cieux comme un encens, juste avant d'entrer dans le grand silence de la nuit.
Dimanche 25 avril 2010 – Dimanche du Bon Pasteur et des Vocations
Après avoir prié les Laudes avec la communauté cistercienne, je demeure dans l'église abbatiale, d'un style roman sobre et pur, pour un temps de prière personnelle, avant de participer à l'eucharistie dominicale. Notre Bon Pasteur nous assure aujourd'hui de son indéfectible protection: « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent; je leur donne la vie éternelle; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main. » (Jean 10, 27-28). Et, au petit reste des fidèles d'aujourd'hui, est annoncée la promesse de l'innombrabilité des élus de demain, qui trouveront tout réconfort auprès de leur Berger: « Après quoi, voici qu'apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue; debout devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, (...) devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit. (...) Jamais plus ils ne souffriront (...) car l'Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » (Apocalypse 7, 9, 15-17). Après avoir traversé la forêt feuillue de Frandeux et être passé par la rue des pèlerins dans le village du même nom, et non sans avoir préalablement fait une petite sieste pour me remettre d'une chaleur assez pesante, je parviens au monastère bénédictin de Chevetogne. Après un assez bref passage dans l'église de rite byzantin, je préfère m'arrêter dans l'église latine pour prier un peu. L'abside est ornée d'une magnifique fresque représentant le Christ en gloire. J'y resterai pour réciter les Vêpres avec une douzaine de moines. Mais quelle ne fut pas ma désagréable surprise en sortant de là: le ciel se faisait très menaçant, alors que les prévisions météorologiques m'avaient garanti un pèlerinage au sec pour toute sa durée. En conséquence de quoi, je n'avais même pas emporté le moindre équipement pour me protéger des intempéries. Fort heureusement, l'abribus de Ronvaux me protégera d'une violente averse. En dépit de mes appréhensions, il ne devrait plus pleuvoir par la suite, et je passerai une assez bonne nuit, endormi au soir, et réveillé au matin, par le chant éclatant et insistant d'une grive musicienne qui avait élu domicile juste au-dessus de ma tête.
Lundi 26 avril 2010
Contrastant avec la veille, c'est un temps frais et couvert qui m'attend aujourd'hui. Cela ne m'empêche pas d'admirer, dans le village de Celles, la troisième et dernière église romane de mon périple. Et me voici très vite parvenu à Foy Notre-Dame, dont la basilique, surdimensionnée en regard de la taille du hameau qui l'entoure, témoigne de l'affluence des pèlerins qui s'y rendaient jadis. De grandes verrières illuminant le choeur baroque, c'est pourtant un plafond peint à caissons qui constitue l'originalité artistique de ce sanctuaire. Quant à la statuette vénérée de la Vierge à l'Enfant, elle s'avère être de très petite taille et se trouve précautionneusement mise à l'abri derrière une grille de bronze doré. Il fait très calme, et pour cause, puisque, hormis une famille de touristes passant brièvement par là, je demeurerai tout le temps seul dans l'église, unique pèlerin de la matinée... Le retour du soleil et le chant des alouettes m'accueillent à la sortie pour ma dernière étape, qui me mènera, par la vallée encaissée de la Leffe, au pied de ses falaises calcaires, à l'abbaye des prémontrés de Notre-Dame de Leffe. L'ultime arrêt prévu, avant de reprendre le train pour m'en retourner chez moi, fut la collégiale de Dinant. Malheureusement, je m'en fis expulser aussitôt par trois jeunes nettoyeuses en plein travail, qui ne voulaient manifestement pas avoir de touristes au milieu de leurs seaux, tandis qu'elles récuraient un splendide musée! Dépité, le pèlerin obtempéra et s'en alla, quelque peu attristé de n'avoir pu s'arrêter dans ce lieu où son Seigneur l'attendait... Mais l'évangéliste ne parlait-il pas aussi anticipativement de ces demoiselles, auxquelles je n'en veux d'ailleurs pas le moins du monde, lorsqu'il disait ainsi de Jésus qu'« il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger. » (Marc 6, 34)? Oui, notre Bon Pasteur viendra lui-même sauver ses brebis: « C'est moi qui ferai paître mes brebis et c'est moi qui les ferai reposer, parole du Seigneur. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je fortifierai celle qui est malade. » (Ezéchiel 34, 15-16). Et ainsi, lorsqu'il aura accompli toutes choses nouvelles, rassemblant, dans la joie et l'unité, la totalité de ses enfants dispersés, au sein même de la maison du Père, l'on pourra se réjouir pleinement avec l'évangéliste de la miséricorde: « Lequel d'entre vous, s'il a cent brebis et vient à en perdre une, n'abandonne les nonante-neuf autres dans le désert pour s'en aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée? Et, quand il l'a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules et, de retour chez lui, il rassemble amis et voisins et leur dit: 'Réjouissez-vous avec moi, car je l'ai retrouvée, ma brebis qui était perdue!' C'est ainsi, je vous le dis, qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour nonante-neuf justes, qui n'ont pas besoin de repentir. » (Luc 15, 3-7).
Pour en savoir davantage sur Foy Notre-Dame, son histoire, son sanctuaire et ses pèlerinages, rendez-vous sur le site officiel:
Pour en savoir davantage sur les communautés monastiques visitées:
Abbaye Notre-Dame de Saint-Remy de Rochefort (Pères Trappistes):
http://www.trappistes-rochefort.com/
Monastère bénédictin de Chevetogne (communautés latine et byzantine):
http://www.monasterechevetogne.com/
Abbaye Notre-Dame de Leffe (Chanoines réguliers de Prémontré):
http://www.abbaye-de-leffe.be/
Pour connaître les églises participant au projet « Églises ouvertes »:
http://www.eglisesouvertes.be/
A noter que, sur ce site, figurent les liens vers les sites répertoriant les églises ouvertes situées dans la plupart des autres pays européens.