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SAINT-HUBERT 21-24/05/2010


Vendredi 21 mai 2010

Les prairies étant encore recouvertes de pissenlits, une teinte à dominante jaune caractérisera cette première journée de marche. Ayant récemment été victime d'une morsure de chien, chaque traversée de village provoque en moi une certaine appréhension, par crainte d'une nouvelle agression canine. Mon seul moyen de défense fut, à chaque fois, d'invoquer Saint Hubert et les Saints Anges gardiens de m'en préserver. Très vite, je reçois d'ailleurs les premiers signaux du Saint patron des amis de la nature, auquel ce pèlerinage est dédié: un couple de grands corbeaux durant mon premier pique-nique, une cigogne blanche survolant le village de Dinez, deux vallées verdoyantes et encaissées entre Willogne et Wibrin, que je ne puis qualifier que de paradisiaques... Toutefois, certains des regards croisés sur ma route aujourd'hui m'ont paru assez hostiles: il est vrai que l’Église catholique n'a pas vraiment bonne presse pour le moment, les relais médiatiques ne se faisant l'écho que des crises qu'elle traverse, taisant tout ce qui se vit et se fait de beau et de bon au sein du Peuple de Dieu rassemblé autour de ses Pasteurs. A Mormont, je décide d'emprunter le sentier de grande randonnée pour longer l'Ourthe jusqu'au barrage de Nisramont. Si ce parcours s'avère fort difficile par endroits, au point que je dois marcher 'à quatre pattes' en certains passages périlleux, mes efforts se voient récompensés par de magnifiques panoramas s'offrant à moi à chaque méandre. A l'instant même où j'entonne le cantique des vêpres: « Grandes et merveilleuses sont tes oeuvres, Seigneur, Dieu de l'Univers » (Apocalypse 15, 3), une biche passe tranquillement derrière moi. Saint Hubert est toujours bien présent! Cette fois, c'est de jour (cfr. le récit de mon pèlerinage à Beauraing au 13 novembre 2008) que j'admirerai le barrage de Nisramont, après avoir dépassé le confluent des deux Ourthes. C'est dans une prairie, située un peu au-delà d'Ortho, que je m'installe pour dormir, mais les bruits intempestifs d'une soirée dansante auront passablement perturbé mon sommeil.


Samedi 22 mai 2010

Presque une journée entière pour traverser la grande forêt de Saint-Michel, en faisant quelques détours intentionnels dans ce site qui compte parmi mes lieux favoris: que me faut-il de plus pour être comblé? Un couple de sangliers et leurs huit marcassins, paissant dans une verte clairière, me rappellent qu'il est déjà l'heure du repas de midi. Un vieux tronc coupé et tapissé d'un coussin de mousse fera l'affaire. Mais je dois me hâter dans l'après-midi car il faut que j'arrive à temps à Saint-Hubert pour un ravitaillement de deux jours, les commerces étant fermés ces dimanche et lundi. Parti à la Pentecôte pour échapper au vacarme de la kermesse annuelle de mon village, quelle ne fut pas ma désagréable surprise de constater que se déroulent également les fêtes foraines sur le lieu de destination de mon pèlerinage! Après avoir essuyé les quolibets et les invectives d'une bande de jeunes très peu chrétiens, je préfère quitter Saint-Hubert en espérant y trouver davantage de calme le lendemain matin. Les psaumes de complies correspondent plutôt bien à la réalité que je viens de vivre: « Pourquoi ce goût du rien, cette course à l'illusion? » (Psaume 4, 3), tandis qu'au même moment, les moines et moniales du monde entier veillent et prient: « Au long des nuits, levez vos mains vers le sanctuaire, et bénissez Yahvé. » (Psaume 134, 1-2). Sur un lit moelleux de feuilles mortes, je passerai une bonne nuit, malgré le fait que j'aurai été réveillé, avec toute une avifaune effrayée, par les explosions retentissantes du feu d'artifices...


Dimanche 23 mai 2010 – Solennité de la Pentecôte

Revenu de bonne heure à Saint-Hubert, le calme de ce dimanche matin contrastant avec le tintamarre de la veille, j'y prie les laudes bien à mon aise, en attendant l'ouverture de la basilique, assis sur un banc m'offrant une très belle vue sur le chevet de celle-ci, éclairé par la lumière matinale et se découpant sur un fond de ciel bleu intense. L'édifice est dans son ensemble très bien proportionné et possède une haute nef. Le pèlerinage annuel d'Andenne se joint à l'assemblée dominicale. Il est vrai que commémorer un évêque évangélisateur un jour de Pentecôte a évidemment tout son sens et toute sa pertinence. Et l'Esprit, « qui fait de nous des fils » (Romains 8, 15) qui n'avons plus peur de proclamer la bonne nouvelle parce que, du fait de cette filiation, la Sainte Trinité a établi sa « demeure » (Jean 14, 23) en nous, souffle où il veut, quand il veut, comme il veut, le plus souvent même à notre insu, par des chemins inattendus et déconcertants. Il nous appartient seulement de lui faire confiance, car nous ne savons ni d'où il vient, ni où il va (cfr. Jean 3, 8). Cela, j'ai pu l'expérimenter à Vesqueville, après en avoir quelque peu douté faute de rencontres gratifiantes durant les deux premières journées de ce pèlerinage, en échangeant quelques mots avec une dame, puis, presque aussitôt après, avec un jeune couple et ses trois enfants. Le soleil illumine aussi cette journée de Pentecôte, au point qu'il me faut me mettre à l'ombre de temps à autre. Dans le bois situé entre Longchamps et Compogne, je m'installe pour passer la nuit, durant laquelle un petit rongeur viendra régulièrement se promener autour de ma tête, tout en faisant bruisser les feuilles mortes.


Lundi 24 mai 2010

Ce dernier jour de pèlerinage et mon retour au bercail coïncident avec la reprise du Temps ordinaire. Au cours des trois kilomètres précédant Tavigny, je croise plusieurs centaines de motards à califourchon sur leur 'grosse cylindrée', tout en me demandant comment l'on peut encore pratiquer un loisir aussi peu respectueux des piétons et de l'environnement (pardon pour ce 'coup de gueule' à ceux d'entre eux qui viendraient à me lire!). L'évangile du jour me lance un nouvel appel à la pauvreté et au dépouillement intérieur: « Une seule chose te manque: va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis, viens, suis-moi. » (Marc 10, 21); pauvreté qui seule peut nous faire comprendre que nous ne pouvons nous sauver nous-mêmes, dépouillement qui seul peut nous convaincre d'accueillir la Grâce venant du Tout Autre: « Les disciples restèrent interdits à l'excès et se disaient les uns aux autres: "Et qui peut être sauvé?" Fixant sur eux son regard, Jésus dit: "Pour les hommes, impossible, mais non pour Dieu: car tout est possible pour Dieu." » (Marc 10, 26-27). Durant les heures suivantes, je serai confronté à un tel dépouillement et à une soif grandissante, mes réserves d'eau étant complètement épuisées. Mais la Providence veillera une nouvelle fois: à Honvelez, alors que je commençais à me demander si je pouvais parcourir les cinq derniers kilomètres me séparant de mon domicile, tellement j'étais déshydraté, je rencontre un couple de retraités liégeois dans leur maison de campagne. Rarement j'ai vu pareille hospitalité et jamais je n'ai éprouvé tel agrément à me désaltérer: deux litres d'eau en quelques minutes, avec une délicieuse gaufre en prime! « Qui vous accueille m'accueille, et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé. Qui accueille un prophète en tant que prophète recevra une récompense de prophète, et qui accueille un juste en tant que juste recevra une récompense de juste. Quiconque donnera à boire, à l'un de ces petits, rien qu'un verre d'eau fraîche, en tant qu'il est un disciple, en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. » (Matthieu 10, 40-42). Loué soit le Seigneur pour ces hôtes bénis et qu'Il accomplisse sa Parole en leur faveur!



Une brève hagiographie de Saint Hubert peut être consultée sur le lien suivant:


http://nominis.cef.fr/contenus/saint/6/Saint-Hubert.html




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