VEZELAY 09-26/07/2009
Jeudi 09 juillet 2009
A mon réveil, la pluie abondante ne me donne guère l'envie de partir. Ces précipitations sont annonciatrices de ce que seront les multiples intempéries qui jalonneront tout ce pèlerinage et en feront malheureusement une des principales caractéristiques, sur le plan matériel, s'entend. Quant au niveau spirituel, l'évangile du jour, médité avant mon départ, tombe bien à propos: « Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. N'emportez ni argent, ni besace, ni bâton pour la route. » (Matthieu 10, 7, 9). Ce n'est qu'en milieu de matinée, à la faveur de quelque éclaircie, que je prends le départ, salué par un chevreuil peu avant Cierreux, et croisant, pour première personne, un randonneur équipé d'un sac à dos bien plus gros que le mien. Lors de ma halte de midi à la chapelle du Mont Saint-Martin, je rencontre un couple dont le mari s'est déjà rendu à Compostelle à bicyclette. A Gouvy, c'est une troupe de jeunes du 'patro' que je croise, avant de parcourir les champs fleuris qui me mèneront jusqu'à la grotte Notre-Dame de Lourdes de Basbellain, puis dans le bois vers Hachiville, où je m'égarerai déjà quelque peu. De l'autre côté du bois, sous un ciel très menaçant, une averse se déclenche. C'est alors qu'un chauffeur de bus propose de m'embarquer gratuitement jusque Hachiville. N'ayant qu'une jeune passagère à bord, une petite fille d'environ huit ans, il me pose de nombreuses questions sur mon périple, et l'enfant me regarde, assez intriguée. Ce taxi improvisé me permettra de participer, de façon inattendue, à l'eucharistie dans l'église de Hachiville, célébrée en luxembourgeois. Je suis émerveillé par le magnifique retable en bois polychrome du XVIième siècle représentant la Crucifixion, et, davantage peut-être encore, par les trois autels baroques très bien éclairés durant la célébration. Je me rends ensuite à la chapelle de l'ermitage, lieu de pèlerinage très ancien, situé dans un endroit joli et calme, en dehors du village, et à proximité d'une source limpide. Après y avoir passé un temps en prière, un vieux paysan, qui avait assisté à la Messe, me rejoint, durant mon souper, animé d'une curiosité bienveillante et me posant de nombreuses questions. Je me couche derrière la chapelle, pour la nuit, mais suis contraint, vers minuit, de me réfugier dare-dare dans le narthex, à cause d'une violente averse qui a eu très vite raison de mon équipement, le trempant déjà pour la première fois.
Vendredi 10 juillet 2009
Le climat est redevenu sec, mais froid et très venteux. Pendant mon temps de prière matinal, dans le bois, après Boevange, je sèche déjà un peu mon sac de couchage. La lecture du jour avertit le disciple quant à ce qui l'attend s'il se dispose à suivre son Maître: « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi. Mais, lorsqu'on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire: ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parlera en vous. Vous serez haïs de tous à cause de mon nom. Car le disciple n'est pas au-dessus du maître. » (Matthieu 10, 16...24). Après avoir traversé quelques belles vallées boisées, je parviens à Wiltz, où je m'arrête plus longuement dans l'église décanale, qui allie harmonieusement les styles gothique et moderne. La sortie de la ville s'avère longue et pénible. L'étape du jour est assez importante et je ressens un peu la fatigue. Mes efforts seront toutefois largement récompensés au soir, à mon arrivée à Esch-sur-Sûre. Que d'exclamations admiratives lorsque je vois, en contre-plongé, le lac et son barrage, lorsque surgit soudain le château féodal, lorsque j'arpente les ruelles typiques, autour du promontoire rocheux surmonté du donjon, avant de redescendre sur les rives de la Sûre: tout exulte et chante. Rarement je n'ai vu quelque chose d'aussi beau et une telle harmonie entre des monuments et le paysage leur servant d'écrin. Je passe une nuit paisible, à l'abri, dans une chapelle mortuaire du cimetière qui entoure la chapelle Sainte-Croix, dominant la ville.
Samedi 11 juillet 2009 – Fête de Saint Benoît
Les premiers petits 'bobos' étant apparus (ampoule au pied gauche et contusions à l'épaule gauche due à la pression exercée par le sac à dos), la mise en route est un peu pénible, mais je profite de toilettes publiques à Insenborn pour me rafraîchir et faire le plein d'eau potable. Les beaux points-de-vue sur le lac de la Sûre contribuent à me remettre en forme, ainsi que le vaste panorama vers la vallée et au-delà, juste avant Arsdorf. Mon parcours est également jalonné de plusieurs sites religieux, témoins de l'Histoire des chrétiens d'antan: la croix de Wolvelange où vécurent des ermites au XVIIIième siècle, dont l'un s'est converti, au cours d'un pèlerinage à Rome effectué suite au meurtre de son frère, les chapelles Saint-Donat et Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus de Arsdorf. Je m'arrête dans l'église de ce même village pour la prière du matin, « car éternel est son Amour » (Psaume 136 (135)). En cette fête de Saint Benoît, père de l'Europe et de la vie monastique, la liturgie nous invite encore à suivre le Christ: « Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi ». Et Jésus de répondre: « Quiconque aura laissé maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle. » (Matthieu 19, 27-29). Dans la descente vers Roodt, je jouis d'un impressionnant panorama sur 180 degrés et jusqu'à plus de cinquante kilomètres! Droit devant moi, à quinze kilomètres, la collégiale Saint-Martin d'Arlon, perchée sur une colline. Je me hâte un peu pour la rejoindre, afin d'y participer, dès le soir, à l'eucharistie dominicale et de pouvoir ainsi déjà dépasser la ville avant la tombée de la nuit. C'est une grande église néo-gothique, avec un autel symbolisant, sous forme d'une sculpture représentant la pierre roulée du tombeau du Christ, la Résurrection. Durant la Messe, le soleil donne en plein à travers la rosace du choeur, comme en écho à la forme ronde de la pierre du tombeau d'où a surgi la glorieuse lumière de notre Sauveur. L'évangile de ce quinzième dimanche est le synoptique de celui du premier jour de mon pèlerinage, m'invitant encore au dépouillement spirituel: « Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route. » (Marc 6, 8). L'assemblée est assez nombreuse et le Doyen vient à ma rencontre à la fin de la célébration. Ensuite, je me rends un moment à l'église Saint-Donat pour ma halte vespérale. Puis je quitte la ville en traversant un quartier peu agréable, pour me trouver un endroit de couchage en bordure du bois situé à la sortie de Sesslich.
Dimanche 12 juillet 2009 – Quinzième Dimanche du Temps ordinaire B
Dès 4h30, je suis chassé par la pluie et contraint à me remettre en route. Je vais m'abriter dans le vieux lavoir d'Udange, fraîchement restauré. J'y demeure près de deux heures pour la prière et la toilette matinales, mais espère trouver plus tard un endroit pour me reposer encore un peu au sec et au chaud... Après Meix-le-Tige, la pluie cesse enfin. Sur le 'ravel' conduisant, à travers bois, à Saint-Léger, je croise une dame roulant à vélo, qui se rend chaque été à Vézelay. Nous parlons pendant de longues minutes. Sur le chemin menant à l'ermitage de Wachet, une mère et ses deux 'ados' (un garçon et une fille) participent à un stage d'apiculture. Ils me posent des questions sur ma démarche et la jeune fille semble fort impressionnée par mes nuits passées à la belle étoile. La conversation est bien sympathique et se prolonge un certain temps. Alors que je suis en train de prier dans la chapelle de l'ermitage, voici que Pierre, un jeune d'environ treize ans, me rejoint, et nous nous mettons à parler. Je le retrouve par la suite, alors que je prends mon pique-nique, car ses copains qui lui avaient donné rendez-vous là-bas ne sont pas venus. Le dialogue se poursuit et s'approfondit, me permettant de lui expliquer posément le sens de ma démarche, ce que signifie pour moi croire en Jésus-Christ, l'origine des coquilles Saint-Jacques, le monde nouveau que nous attendons, ce que nous pouvons faire pour que le monde soit meilleur... Je lui promets de bien prier pour lui durant mes journées de marche, ce que je ne manquerai pas de faire. Il s'agit certainement de la plus belle rencontre que j'aurai faite au cours de ce pèlerinage. Après une petite sieste, je vais encore dire les vêpres dans la chapelle, avant de rejoindre, à travers bois, mais sous un climat toujours maussade, les ruines de Montauban (fort celte et médiéval et vestiges d'une forge de l'ère industrielle), au-delà de Buzenol. C'est un peu avant Ethe, parmi les chevreuils, que je passe la nuit, mais, la pluie s'étant remise à tomber un peu après minuit, je dois me réfugier sous l'abri d'une aire de pique-nique située à proximité.
Lundi 13 juillet 2009
Après une toilette à la fontaine de Bleid et le lever du brouillard, c'est sous le soleil que je franchis enfin la frontière française. La liturgie du jour, méditée dans le bois situé entre Saint-Pancré et Tellancourt, revient encore sur les thèmes de la Sequela Christi et du pèlerinage. Alors que l'office de Laudes évoque la marche de toutes les nations vers Jérusalem (Isaïe 2, 2-3) et la joie de résider dans la maison du Seigneur (Psaume 84 (83)), l'on commence la lecture du livre de l'Exode, récit de la pérégrination du peuple de Dieu à travers le désert, de sa libération de l'esclavage d'Egypte et de sa marche vers la Terre promise. L'on poursuit la lecture de l'évangile: « Qui ne prend pas sa croix et ne marche pas à ma suite, n'est pas digne de moi. Qui veut sauver sa vie la perdra, et qui aura perdu sa vie, à cause de moi, la sauvera. » (Matthieu 10, 38-39). Je traverse ensuite de grandes étendues champêtres, dans lesquelles sont implantés plusieurs grands parcs d'éoliennes. Les papillons sont nombreux et les routes bien plus calmes qu'en Belgique. A Braumont, mon attention est attirée par un curieux monument, plus grand que nature, dédié à Notre-Dame des Peuples, où Marie se tient debout devant la Croix, non pas, comme à l'accoutumée, regardant vers le Christ, mais bien tournée vers le spectateur, et prenant place tout contre l'axe vertical du gibet, signifiant de la sorte sa communion à la Passion de son Fils. Après avoir descendu la vallée du Chiers et m'être rafraîchi dans le vieux lavoir de Viviers, je longe la rivière jusque Longuyon, où je puis enfin me ravitailler, non pas sans avoir préalablement admiré l'église Sainte-Agathe du XIIIième siècle. Que cela fait du bien de se désaltérer d'eau fraîche après l'avoir désiré si longtemps! Le temps devient cependant chaud, lourd et orageux, rendant d'autant plus pénible la traversée de la ville, où les réactions à mon égard ne manquent pas, tantôt bienveillantes, tantôt hostiles, tantôt intriguées. Après une halte à la grotte Notre-Dame de Lourdes, je reprends ma route, avec un sac à dos chargé au maximum: demain, c'est jour férié en France, et je dois donc pouvoir tenir avec mes provisions jusqu'à Verdun. Sur la route vers Saint-Laurent-sur-Othain, il se remet encore une fois à pleuvoir abondamment. La petite chapelle, où j'espérais pouvoir passer la nuit à l'abri, est cadenassée et donc inaccessible. Je tergiverse alors dans le vieux lavoir de Saint-Laurent, mais renonce finalement, compte tenu de la présence de nombreux tessons de bouteilles d'alcool, craignant donc de voir une bande de voyous débarquer en pleine nuit, durant mon sommeil. Je marche encore une heure sous une pluie diluvienne, et trouve enfin un abri de bus isolé, à Villers-lès-Mangiennes, pour y passer la nuit, mais dans de très mauvaises conditions, vu que je suis trempé et me glisse dans un sac de couchage tout aussi mouillé. Mon moral se voit ainsi quelque peu affecté par le climat: je n'ai jamais le temps de vraiment sécher mon équipement, jamais le temps de m'arrêter à l'aise quelque part sans craindre les intempéries, jamais la possibilité de dormir au sec sans devoir me demander s'il pleuvra durant la nuit...
Mardi 14 juillet 2009
C'est dans une atmosphère humide et infestée de moustiques que je traverse la forêt de Spincourt. Tout en marchant, je prends conscience du fait que mon esprit s'est en quelque sorte « vidé » des préoccupations quotidiennes, qui me semblent par ailleurs très éloignées de ma réalité présente, et c'est tant mieux ainsi. La météo s'améliore enfin, permettant une halte prolongée à Ornes, durant laquelle je peux enfin sécher mon matériel. Il y a là bas, tout comme à mon arrêt suivant à Bezonvaux, une chapelle érigée en mémoire du village complètement anéanti durant la première guerre mondiale. A Bezonvaux, l'on voit également le sol labouré par les impacts d'obus, ainsi que de nombreux objets de la vie quotidienne altérés par les bombes. Une forêt a remplacé aujourd'hui le village détruit: tout un symbole de la vie, qui l'emporte toujours sur la logique de mort... L'endroit est calme, paisible et peu fréquenté par les touristes estivaux. Avant Damloup, dans un ruisseau, je parviens enfin à prendre discrètement un bain complet: cela fait du bien de se sentir enfin frais et propre! Au mémorial de la bataille de Verdun, à Fleury, c'est de nouveau le même tableau, constitué d'un relief artificiel creusé par la guerre destructrice. C'est derrière la chapelle Notre-Dame de l'Europe que je passe enfin une nuit au sec, mais subissant l'assaut incessant des moustiques, et entendant au loin les bruits de la fête et des fusées d'artifice de ce 14 juillet, en provenance de Verdun.
Mercredi 15 juillet 2009
Malgré une tendinite au talon d'Achille droit, qui ne me lâchera qu'après une semaine, mon humeur est revenue au beau fixe, comme le temps. J'arrive à la cathédrale de Verdun, juste avant que ne s'y célèbre la seule eucharistie de la semaine: la Providence a encore une fois bien arrangé les choses. Au début de la Messe, le prêtre m'interroge sur mon pèlerinage et m'accueille dans la communauté. Les lectures du jour me sont d'un très grand réconfort. Ainsi en est-il de Yahvé qui dit à Moïse, après lui avoir confié sa mission: « Je serai avec toi » (Exode 3, 12). Il en est aussi de cette bonne nouvelle annoncée aux humbles: « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l'avoir révélé aux tout-petits. » (Matthieu 11, 25). Dans son homélie, le prédicateur nous invite à retrouver la confiance des enfants, puis il s'adresse personnellement à moi: « Marc, le Seigneur te précède sur ta route ». A la fin de la Messe, une dame, qui y participait, vient me trouver et me confie ses intentions de prière, pour sa famille et pour elle-même. Je prends le temps de l'écouter, pressentant l'importance de ses souffrances qu'elle m'a longuement exposées. Passant ensuite devant la citadelle, je saisis au passage les paroles adressées par une jeune 'mamie' à ses trois petites filles. Voyant quelques hirondelles rassemblées sur un fil, elle s'exclame: « Regardez les petits oiseaux qui se rassemblent: c'est parce qu'ils sont heureux! », puis: « Regardez ces jolies fleurs! ». Cela respire le bonheur trouvé dans les choses simples et la joie de vivre, comme en écho de l'évangile du jour... Sur la route vers Sivry-la-Perche, je profite du vent et de la chaleur pour sécher mon linge, lavé la veille, une pièce après l'autre, tenue en mains, tout en marchant. Le paysage est constitué de grands champs doucement vallonnés, avec, ça et là, un petit village en leur milieu. Les papillons pullulent et plusieurs milans noirs sillonnent le ciel. Juste après Nixéville, j'admire une puissante machine, en train de réaliser la moisson du froment. Deux agriculteurs me voient ainsi et m'interpellent. Une longue et bien sympathique conversation s'engage alors. L'un deux est juste retraité, l'autre vient de reprendre une exploitation, alors qu'il n'est âgé que d'une bonne vingtaine d'années. Ils sont très honorés de me voir m'intéresser à leur métier, leur posant maintes questions sur leur matériel, la taille et la rentabilité de leurs exploitations. J'apprends ainsi que les plus grosses moissonneuses ont une largeur de coupe de neuf mètres et peuvent moissonner, battre et lier, une superficie de trois hectares à l'heure. Ici, une exploitation de dimensions moyennes fait pas moins de trois cents hectares! Quant à eux, ils sont impressionnés par ma démarche et me répètent sur un ton bien typique: « Dis donc, t'es pas un fainéant, toi! ». Ensuite, je traverse encore deux grands parcs à éoliennes, satisfait de voir l'humanité veiller ainsi à préserver l'environnement que le Créateur lui a confié. Avant Saint-André-en-Barrois, je trouve enfin des bancs, sur une belle pelouse bien verte, pour m'asseoir quelque peu. En disant Vêpres, je repense à mes deux agriculteurs: « Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant. » (Psaume 126 (125), 5). Puis: « Si Yahvé ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs. » (Psaume 127 (126), 1): si le Seigneur ne marche pas avec moi, c'est en vain que je pèlerine... Et enfin, à Complies: « Mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore. » (Psaume 130 (129), 6): je repense à toutes ces nuits où je reprends la route avant l'aube... Je marche encore à travers champs, sous une belle lumière vespérale, franchis la ligne du TGV-Est, et m'arrête dans un verger à l'entrée de Beauzée, où je passerai ma meilleure nuit jusqu'à présent.
Jeudi 16 juillet 2009 – Mémoire de Notre-Dame du Mont Carmel
En ce jour, mes prières vont immanquablement à l'intention de l'Ordre du Carmel et à toutes les communautés de frères carmes et de soeurs carmélites que j'ai connues. Le temps est beau et le paysage inlassablement constitué de grandes étendues champêtres, égayées par le chant des alouettes. Je m'arrête pour la prière matinale à la petite chapelle située juste avant Rembercourt-aux-Pots, localité où je rencontre un couple d'Amis de Saint-Jacques de Compostelle. La conversation se prolonge et, au fur et à mesure, quelques villageois se joignent à nous. L'épicerie du village étant fermée ce jour, et me trouvant à court d'eau, c'est bien généreusement qu'on m'offre une grande bouteille de ce breuvage vital. Je me rends ensuite, bien au frais, dans la très belle église gothique du village. Peu avant Vavincourt, je trouve un banc à l'ombre pour mon pique-nique de midi. Le soleil donnant très fort, je me protège ensuite la tête avec ma couverture de survie, jusqu'à mon arrivée à Bar-le-Duc. Mais avant cela, je croise encore un homme d'une petite trentaine d'années qui m'adresse tous ses encouragements, puis un cycliste hollandais qui se rend à Lyon. En remontant vers la vieille ville, je m'arrête à l'église Saint-Etienne, édifice flamboyant remarquable, dont la personne préposée à l'accueil ne manque pas de me faire découvrir les oeuvres d'art exceptionnelles. Sur la route de Véel, la chapelle Saint-Joseph au Chêne m'accueille pour les vêpres et le souper. Après Combles-en-Barrois, je me couche dans une prairie, mais, dès avant minuit, je dois me réfugier sous l'auvent de l'école située à côté de la mairie et de l'église, en plein milieu du village: de violents orages éclatent en effet et dureront jusqu'à l'aube. Vu l'endroit peu discret et les conditions météorologiques, je ne pourrai pas vraiment dormir cette nuit.
Vendredi 17 juillet 2009
Sous un temps maussade et venteux, je traverse la forêt et parviens aux ruines de l'Abbaye cistercienne de Trois-Fontaines, fondée par Saint Bernard lui-même. Je suis assez ému de lire les psaumes, là même où le saint moine les récita avec ses frères religieux près d'un millénaire auparavant. Faute de trouver un banc pour m'asseoir, c'est finalement aux portes du zoning industriel de Saint-Dizier que je prends mon repas de midi. Il y eut assurément moyen de trouver endroit plus romantique! La traversée de la ville est, une fois encore, longue et pénible. Une dame, veuve depuis trois ans, se confie à mes prières: elle aurait tant voulu se rendre à Compostelle avec son mari. C'est sous une violente averse orageuse que je quitte Saint-Dizier, longeant le canal jusqu'au lac du Der, tout en m'arrêtant un peu à la superbe église romane Saint-Aubain de Moëslains, histoire de confier mon diocèse à son patron, en cette année jubilaire. Mais les intempéries me chassent vite, malheureusement, l'église étant fermée, et je ne trouverai aucun banc pour m'asseoir sur une distance de vingt kilomètres! Outre ma tendinite qui me fait mal, l'arrivée au lac du Der me déçoit, faute d'accès possible au lac. Sous un vent violent et un ciel des plus menaçants, je pique-nique en toute hâte au port du club de voile. Je m'égare ensuite, me retrouvant à Sainte-Livière, au lieu de Sainte-Marie du Lac: encore un détour de quatre kilomètres, alors que la nuit est déjà tombée et que je ne parviens décidément pas à trouver d'endroit abrité pour dormir. Je ne contemple donc même pas l'église en pans de bois de Sainte-Marie, pourtant particulièrement remarquable, et c'est complètement épuisé et découragé que je me couche, à minuit seulement, dans une prairie située en bordure de la route d'Arrigny.
Samedi 18 juillet 2009
Dès une heure du matin, la pluie se remet déjà à tomber, mais je n'ai plus la force de me relever pour me remettre en route. A quatre heures, l'eau ayant eu raison de toutes mes couches protectrices, je me vois bien contraint de tout remballer, sous une pluie battante et complètement trempé. Sous l'effet de la fatigue, j'en viens alors à maudire mon pèlerinage. Titubant, épuisé et sans énergie (c'est ma deuxième nuit blanche consécutive), je me remets en marche vers cinq heures. Mais j'ai tellement froid que je n'ai même pas la force ni le courage de m'arrêter pour prendre de quoi manger dans mon sac à dos, ce dont j'aurais pourtant eu grand besoin. C'est alors que je décide de renoncer à mon projet, de tout abandonner et de rentrer chez moi, en prenant un train dans la gare la plus proche. A Saint-Rémy, au carrefour, j'hésite pendant de longues minutes: à droite, je vais à Vitry-le-François et termine ici ce pèlerinage, à gauche, je poursuis ma route vers Vézelay. Je ne pourrai jamais dire ce qui s'est passé, sinon, a posteriori, que c'est la divine providence qui m'a conduit, mais le fait est que, après moultes tergiversations, je bifurquai vers la gauche, sans même plus trop savoir ce que je faisais, ni où j'allais... La pluie ayant enfin cessé de tomber, et n'en pouvant plus de marcher, je me glisse dans mon sac de couchage trempé et m'allonge ainsi, pour dormir deux bonnes heures, dans un champ de tournesols. La forme me revient alors peu à peu, les éclaircies réapparaissent, et je retrouve enfin suffisamment d'énergie pour continuer ma route. Deux chevreuils tout proches sont là, comme pour m'encourager. Puis, je me rappelle que les tournesols que j'avais vus la nuit étaient déjà orientés vers l'Est, mais la corolle courbée vers le bas, comme s'ils attendaient, avec une patiente confiance, le retour de la lumière, au plus profond de la nuit: je compris alors que j'avais à faire de même... En récitant le psaume invitatoire, je regrettai de m'être ainsi laissé envahir par le découragement: « Le Seigneur est notre Dieu et nous sommes le peuple qu'il conduit, le troupeau guidé par sa main. Aujourd'hui, écouterez-vous sa parole? Ne fermez pas votre coeur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m'ont tenté et provoqué; et pourtant ils avaient vu mon exploit. » (Psaume 95 (94), 7-9). Non, je ne me suis pas laissé conduire par mon Seigneur, oui, je lui ai été infidèle, non, je n'ai pas écouté sa parole, oui, je lui ai fermé mon coeur, alors même que j'avais déjà vu maintes fois agir son doigt providentiel en ma faveur. Mais heureusement, comme on le proclame bien aux Laudes de ce samedi, « éternelle est la miséricorde du Seigneur » (Psaume 117 (116), 2), « qui se fait proche des coeurs brisés et qui rachète ses serviteurs » (Psaume 34 (33), 19, 23), « qui, cherchant Dieu, ne manqueront d'aucun bien. » (Psaume 34 (33) 10). C'est dans la très belle église de Drosnay, construite toute en bois au XVIIIième siècle, que je dirai ces psaumes, bien décidé à présent à repartir d'un bon pied et à ne plus tomber dans le travers de la nuit passée. A Chavanges, il y a beaucoup de maisons à colombages, et je me ravitaille en eau chez une épicière d'origine belge, qui accueille régulièrement des pèlerins. Je m'arrête pour prier dans l'église gothique de ce même village. C'est dans un champ de betteraves, un peu avant Perthes, que je passe enfin une assez bonne nuit, au cours de laquelle des pluies modérées n'auront pas suffi à percer mon sur-sac imperméable.
Dimanche 19 juillet 2009 – Seizième Dimanche du Temps ordinaire B
En ce dimanche matin, les alouettes semblent chanter la résurrection de notre Seigneur... Je participe à l'eucharistie dominicale dans l'église gothique Saint-Pierre de Brienne-le-Château. Comme dans beaucoup de paroisses françaises, la liturgie est belle, vivante, et l'assemblée très participante. Deux petites filles reçoivent aussi le baptême durant la célébration. L'une d'entre elles se met à pleurer fortement lorsqu'on lui verse l'eau sur la tête, signifiant ainsi que le chemin de vie et de résurrection peut, à certains moments, ne pas être compris et s'avérer douloureux, alors même que le Salut et la Grâce sont bel et bien déjà à l'oeuvre... A la fin de la Messe, j'emporte le feuillet de chants, ce qui me permet de renouveler un peu mon répertoire d'une trentaine de mélodies avec paroles, que je ne manquerai pas de fredonner pour me donner du courage pendant mes longues marches. Tous les villages traversés de cette région de l'Aube sont aussi jolis les uns que les autres, comprenant chacun leur lot de maisons à colombages, tantôt leur église ancienne, tantôt leur vieux lavoir, tantôt leurs halles, tantôt le tout à la fois... Ensuite, je longe la digue des lacs d'Amance et du Temple. Il y a beaucoup de vent, donnant un peu l'impression d'être à la mer, mais très peu de monde. Cette promenade est bien agréable, l'étendue des lacs impressionnante, des arbres poussant parfois, l'on ne sait comment, au beau milieu de l'eau, et, lors de ses rares apparitions, le soleil confère à l'onde une belle teinte bleu-vert émeraude. Je fais, le long de ces lacs, la rencontre de deux couples, pas spécialement croyants, mais interpellés par ma démarche. Le lac d'Orient, quant à lui, est d'aspect beaucoup plus sauvage, et entouré d'une belle forêt de feuillus. Je m'arrête pour souper sur la plage de Géraudot, avec un magnifique point-de-vue sur le lac. Comme tous les dimanches, l'on récite à Complies ce beau psaume qui nous place sous la protection du Très-Haut: « Le Seigneur te couvre de ses ailes; tu as, sous son pennage, un abri. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche en la ténèbre, ni le fléau qui dévaste à midi. Le Seigneur a, pour toi, donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies. » (Psaume 91 (90), 4-6, 11). C'est encore au bord du lac d'Orient, en un endroit bien romantique, égayé par le nasillement des canards, le hululement des chouettes et le passage des chevreuils, que je dormirai au sec, mais encore une fois assailli par les innombrables moustiques!
Lundi 20 juillet 2009
Après un bon bain de pieds sur la plage de Lusigny et un ravitaillement dans ce même village, dont l'épicière m'accompagne de tous ses encouragements, j'assiste, au-delà de Montreuil, à un très beau spectacle ornithologique: une cinquantaine de milans noirs volent, tous ensemble, dans les airs. Pour la première fois aussi, je sens le but approcher et prends vraiment conscience de ma progression, ma destination n'étant à présent plus ni un objectif hors de portée, ni un horizon hypothétique. En outre, ma tendinite a enfin disparu. Un peu avant Villemoyenne, je tente de faire une petite sieste dans le bois, mais, à peine dix minutes après mon arrivée, un ouvrier forestier vient travailler juste à cet endroit-là, m'obligeant à déguerpir. Je récite les vêpres dans l'église Saint-Martin de Rumilly, joyau de style flamboyant, à l'intérieur très lumineux. Après la traversée de la forêt de Rumilly, par un temps enfin ensoleillé, je descends sur Chaource, traverse les champs, où les moissonneurs s'affairent diligemment, et vais dormir dans une prairie, sur les hauteurs, en lisière de bois, un peu avant Lagesse.
Mardi 21 juillet 2009
Ce fut assurément la meilleure nuit de tout mon pèlerinage: si je n'avais été réveillé, à deux heures, par une bande de sangliers quelque peu menaçants, contrariés de me voir reposer sur leur territoire, et peu enclins à s'en aller, j'aurais dormi huit heures d'affilée. Je traverse de grands champs de colza et de froment, sous le soleil, et sous le regard ébahi de quelques perdrix et lapins. Les routes sont calmes et les automobilistes français sont bien plus respectueux des piétons que ne le sont nos compatriotes: dès mon arrivée en France, j'avais déjà constaté que, à ma vue, la plupart d'entre eux freinent, allument leur clignotant, s'écartent, ce que l'on ne voit presque jamais en Belgique. Et cela contribua grandement au confort de la marche. Par contre, les bancs et les poubelles sont bien plus rares que chez nous... J'entre dans le Département de l'Yonne, et donc en Bourgogne... Après Etourvy, je passe devant une ferme arborant une pancarte: « Ferme du pèlerin », et une autre: « Compostelle: 1500 Km ». Pas de doute, je suis sur le bon chemin! Le village de Mélisey est dominé par une église romano-gothique au clocher très massif. C'est au pied de cette dernière, à l'ombre bienfaisante d'un catalpa, que je prends mon pique-nique. Après le village, il y a un panorama à perte de vue vers le Sud et vers l'Est, mais pas encore en direction de Vézelay. C'est à Molosmes que je vois mes premiers vignobles, avant de descendre sur Tonnerre, que je fuis assez vite, la chaleur se faisant lourde et orageuse. Je passe la nuit dans le bois, en direction de Fresnes, juste avant le passage sous la ligne TGV Paris-Lyon. Bien entendu, les moustiques sont encore une fois de la partie...
Mercredi 22 juillet 2009 – Fête de Sainte Marie-Madeleine
A peine ces incongrus diptères calmés, c'est la pluie qui se met à tomber, sans cesse, entre deux et six heures. Encore une mauvaise nuit... Une autre contrariété vient me troubler: la semelle de ma chaussure gauche se détache complètement, me contraignant à réaliser un bricolage de fortune, en la liant avec mon lacet, dans l'espoir que ce montage tiendrait encore jusqu'à mon retour. C'est au bord du Serein -tel est le nom de ce cours d'eau- que je retrouve enfin ma sérénité, à la faveur du retour, pourtant très provisoire, du soleil, et d'un bon bain complet, dans une eau, certes un peu vaseuse, mais saine, comme en témoigne la présence de libellules. Noyers est une ville ancienne et fortifiée remarquable. Dans l'église, je prends un long temps de prière. Bien que somnolent, je retiens tout de même certaines belles paroles de la liturgie du jour: l'amour miséricordieux du Père (Psaume 103 (102)), l'invitation à une foi plus profonde, qui ne s'attarde pas à la recherche d'éléments palpables, à l'instar de Marie-Madeleine qui voulait toucher le Ressuscité et qui s'en voit empêchée par ce dernier (Jean 20, 17), la veille dans la nuit et l'attente pleine de désir et toute orientée vers le Jour du Seigneur (Isaïe 62, 6 et Psaume 119 (118), 147-148). Près de la boulangerie, Jean-François, un homme très croyant et d'origine belge, m'interpelle et m'invite chez lui. Nous parlons un bon moment et sympathisons autour d'un plat de cerises. Il confie sa famille à ma prière. A Tormancy, un jeune d'une quinzaine d'années fait une chute spectaculaire, tombant de son vélo. Je lui demande s'il a quelque chose de cassé ou besoin d'aide. Malgré ses nombreuses égratignures et ses membres sanguinolents, il me dit que cela va, et il reprend presque aussitôt sa route. Sur les hauteurs, dans le bois situé au-delà des carrières de Massangis, j'installe mon bivouac.
Jeudi 23 juillet 2009
Décidément, le gibier français est bien peu farouche: cette nuit, ce sont les chevreuils qui m'ont tenu compagnie, tout en aboyant, sans être le moins du monde gênés par ma présence. A cinq heures, un orage d'une violence extrême s'est déclenché, accompagné d'éclairs incessants et de pluies diluviennes, ne me laissant d'autre choix que de partir, sous la seule protection matérielle de mon poncho, qui m'aura vraiment bien servi, tout au long de mon périple. La boulangère de Joux-la-Ville m'offre gracieusement deux brioches pour la route. A Précy-le-Sec, cela ne s'invente pas, je suis encore arrosé par une bonne 'drache'! Longeant, à travers bois, le Vau-de-Bouche, curieusement asséché, malgré les pluies abondantes, je parviens à Lucy-le-Bois. Peu avant ce village, j'ouvre ma Bible pour méditer la Parole du jour. Je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement entre l'orage de ce matin et celui qui précéda la théophanie sur le Mont Sinaï (Exode 19, 16). Avec cette météo désastreuse, je m'avoue avoir autant hâte de rentrer chez moi que d'arriver à Vézelay, et remets sérieusement en question un éventuel futur pèlerinage à Compostelle. A Girolles, un nouvel orage me contraint à m'abriter dans le lavoir. Dans la montée vers la chapelle Notre-Dame d'Orient, je croise un éleveur de chèvres, conduisant son troupeau à la mode ancienne. Le temps s'améliore enfin et je m'arrête longuement devant le panorama sur la vallée du Cousin, priant, tout en contemplant ce tranquille paysage, et assistant à l'acheminement progressif de l'astre du jour vers le lieu de son repos vespéral. L'endroit est paisible et je ne verrai personne de toute la soirée. Je passerai une nuit réparatrice à l'intérieur même de la chapelle.
Vendredi 24 juillet 2009
Voici donc venu le jour de la dernière ligne droite. Peu après Givry, après un tournant, tout à coup, je m'exclame: « La voilà! ». La voilà enfin, perchée sur sa colline, cette basilique, vers laquelle je marche depuis quinze jours! L'émotion et l'enthousiasme sont à leur comble et, pendant une heure, ce seront les chants d'exultation et de louange, les 'Alleluia', proclamés sur tous les tons, les psaumes de montée, qui jailliront de ma bouche et de mon coeur. J'arrive à Vézelay en milieu de matinée, mais n'entre pas de suite dans la Basilique: j'en fais d'abord le tour, contemple le panorama vers Saint-Père, admire le chevet, histoire de mieux goûter, et d'étaler dans le temps, mes impressions. Puis seulement, je pénètre dans l'édifice, passant sous le tympan du Jugement dernier, traversant le grand narthex, longeant la longue nef avec sa voûte en berceau et ses colonnes surmontées de chapiteaux patiemment ciselés, contemplant la luminosité, effectuant le tour du déambulatoire, m'arrêtant aux chapelles votives dédiées à Sainte Thérèse de Lisieux, à Saint Jacques, à Saint François d'Assise et à Saint Bernard, descendant enfin dans la sombre crypte romane hébergeant les reliques de Sainte Marie-Madeleine. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, au détour d'une colonne, j'aperçois Pierre et Thérèse-Marie, des amis du Mouvement marial! Joie d'une rencontre inopinée... La liturgie des Fraternités monastiques de Jérusalem est très belle et s'intègre harmonieusement dans l'ensemble architectural, tout en empruntant beaucoup à la liturgie byzantine. Toute la journée se passe en temps de prière, d'adoration et d'action de grâce. Je reçois également le sacrement de la réconciliation. A la Messe du soir, l'assemblée est nombreuse. La célébration est digne d'un dimanche solennel, encens compris. Mais en sortant, la pluie m'attend à nouveau. Je dors dans une prairie, à deux kilomètres environ du sanctuaire médiéval. A part une grosse averse vers vingt-deux heures et les bruits d'un spectacle pyrotechnique, la nuit sera toutefois assez calme, mais fraîche pour la saison.
Samedi 25 juillet 2009 – Fête de Saint Jacques le Majeur, Apôtre
L'office de Laudes se célèbre dans le calme, car, à cette heure matinale, les touristes ne sont pas encore présents. Dans l'assemblée, il y a des habitués, des gens de passage et trois jeunes pèlerins demandant la bénédiction pour leur départ vers Compostelle. Après une matinée de prière, je participe à l'eucharistie solennelle en l'honneur de Saint Jacques, juste avant de reprendre la route vers la jolie petite ville d'Avallon, où je participerai, le soir, à l'eucharistie dominicale, et reprendrai le lendemain, à l'aube, le train vers la Belgique. La liturgie du jour parle d'elle-même et m'indique tout un beau programme de vie, incluant le témoignage, l'épreuve, le service, la Sequela Christi, l'humilité, la transparence de la pauvreté, l'espérance de la résurrection. « Ce trésor, nous le portons en des vases d'argile, pour que cet excès de puissance soit de Dieu et ne vienne pas de nous. Nous sommes pressés de toute part, mais non pas écrasés; ne sachant qu'espérer, mais non pas désespérés; persécutés, mais non pas abandonnés; terrassés, mais non pas annihilés. Nous portons, partout et toujours, en notre corps, les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. Quoique vivants en effet, nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi donc, la mort fait son oeuvre en nous, et la vie en vous. Mais, possédant ce même esprit de foi, selon ce qui est écrit: 'J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé', nous aussi, nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons, sachant que, Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus, et nous placera près de lui avec vous. Car tout cela arrive à cause de vous, pour que la grâce, se multipliant, fasse abonder l'action de grâces chez un plus grand nombre, à la gloire de Dieu. » (Deuxième épître de Saint Paul, apôtre, aux Corinthiens 4, 7-15). « Jésus répondit à Jacques et à Jean: 'La coupe à laquelle je vais boire, vous y boirez!' Puis, ayant appelé les douze apôtres près de lui, Il leur dit encore: "Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n'en doit pas être ainsi parmi vous: au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d'entre vous, sera votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Matthieu 20, 23, 25-28). En m'éloignant de la Basilique, sous le soleil enfin apparu, je me fais la réflexion que, pour beaucoup, Vézelay est un point de départ de la route vers Saint-Jacques de Compostelle, alors que, pour ce qui me concerne aujourd'hui, ce lieu béni constitue un point d'arrivée. N'en serait-il pas ainsi pour me rappeler que l'unique véritable pèlerinage est celui de la vie quotidienne? C'est donc aujourd'hui, et chaque jour à venir, que je reprends le départ, cheminant à la suite du Christ, grâce à Lui et avec Lui, sur les routes qui furent les siennes: celle du désert, celle de la mission, celle de la charité, celle de la croix, celle de la glorieuse résurrection et celle du retour vers le Père, dont l'Amour est éternel et infini. Que la Très Sainte Trinité soit louée dans les siècles des siècles! Oui, Maranatha! Amen, viens, Seigneur Jésus!
Pour en savoir davantage sur Vézelay, son histoire, sa basilique, ses pèlerinages à Sainte Marie-Madeleine et vers Saint-Jacques de Compostelle, et sur les Fraternités monastiques de Jérusalem, rendez-vous sur le site officiel: